SERGE BEUCHERIE : « LE DOPAGE EXISTERA TOUJOURS. »
L’ancien directeur sportif du Crédit Agricole, jusqu’à fin 2008, était l’invité d’honneur du Tour de Vendée 2009. Velostory l’a rencontré. Il évoque son actualité et porte un regard sans concession mais aussi optimiste sur le cyclisme actuel.
Velostory : « Serge, que vous faites-vous depuis l’arrêt de l’équipe Crédit Agricole ? »
Serge Beucherie : « Pour l’instant je suis en « stand-by ». J’ai travaillé un peu sur le Tour de France et sur le Tour de Romandie, ce qui m’a permis de rester au contact du milieu. Je vais commencer à chercher un partenaire pour monter une nouvelle équipe. Cela se fera sans Roger Legeay qui a décidé de raccrocher définitivement. En tout cas, je m’acquitterai de l’essentiel des démarches. Roger ne me donnera qu’un petit coup de main en m’apportant sa caution morale, son savoir-faire. J’ai cet objectif en tête pour 2011 ou 2012.
Sinon, j’ai aussi des projets personnels pour les années suivantes. Mais le cyclisme est ma passion et donc prioritaire. J’ai 54 ans, encore quelques années devant moi et je n’ai pas envie de cesser de travailler. De toute manière, je ne le peux pas.
« Avez-vous déjà des contacts avec certains sponsors ? »
SB : « Non, aucun contact. Mais je compte sur Roger Legeay pour me transmettre quelques dossiers de partenariat. Il va m’apprendre une facette du cyclisme que je découvre totalement. »
« Vous ne semblez pas pressé… »
SB : « Il faut être présent au bon endroit, au bon moment. Il faut aussi laisser passer la crise financière qui n’a pas aidé le cyclisme. Ce sport doit se recrédibiliser. Je pense que l’on est sur la bonne voie. Le dernier Tour de France s’est déroulé sans histoire, l’UCI et ASO ont enterré la hache de guerre, ce qui apporte une meilleure visibilité, surtout pour les sponsors. »
« Selon vous, reste-t-il encore du chemin à faire ? Et si oui, comment s’y prendre ? »
SB : « Le cyclisme est un sport merveilleux alors arrêtons de lui taper dessus ! Arrêtons aussi « d’amener de l’eau au moulin. » Le dopage est dans la nature humaine, il existera toujours, il y aura toujours des imbéciles. Et ça, tout le monde doit le dire clairement. Aujourd’hui, il existe le passeport biologique qui marche très bien. L’étau se resserre autour des tricheurs. Ca va aller de mieux en mieux. Il faut sortir définitivement les tricheurs du vélo, faire en sorte qu’on ne les revoit plus. Un coureur positif ne peut plus se retrancher derrière le sempiternel : « Je ne le savais pas ! ».
En ce qui concerne la France, nous avons un bon vivier mais faisons en sorte que nos coureurs retrouvent le moral. Ils ont deux bras et deux jambes, comme les étrangers. Il faut continuer à se battre, à pratiquer son métier sérieusement pour décrocher des victoires. Il n’y a pas de raison que l’on n'y arrive pas. J’y crois sincèrement ! »
« Vos poils doivent se hérisser lorsque vous voyez Vinokourov, Basso ou d’autres ex-suspendus faire des résultats, non ? »
SB : « Oui, c’est décevant. On ne devrait plus les voir sur un vélo en compétition. Alors, certains font le parallèle entre une suspension à vie et une condamnation à mort, toute proportion gardée bien sûr, et juge cette punition trop sévère. Eh bien non selon moi ! Je suis désolé mais ces gens-là n’ont plus leur place dans notre sport. Le groupement d’équipes ProTour ont tenté il y a quelque temps de créer un code éthique. Roger Legeay aussi. Malheureusement, cela n’a pas abouti mais je pense qu’il faut persévérer et retravailler sur ce sujet.
Je reste optimiste car, encore une fois, le cyclisme est un beau sport, très, très, très porteur pour les partenaires. Il attire toujours autant de monde au bord des routes. J’ai pu m’en rendre compte sur le Tour, aujourd’hui également sur ce Tour de Vendée. J’ai eu la chance justement cette année de voir le cyclisme autrement. Je n’étais plus dans ma voiture, au cœur de la course, avec mes stratégies. J’ai pu observer les efforts de certains organisateurs comme Bernard Martineau, directeur du Tour de Vendée, qui se donnent les moyens d’organiser de belles épreuves (ndlr : deux chaînes de télévision, France 3 et Eurosport, retransmettaient en direct le TDV) et cela donne envie de se battre afin de protéger le cyclisme. »














