TRISTAN VALENTIN : «Etre au départ d’une course suffit à mon bonheur. »
Le coureur de Cofidis a repris la compétition courant août dernier après un an et demi d’arrêt suite à six fractures d’un coude consécutives à une chute. Il revient pour Velostory sur sa longue rééducation avec beaucoup de philosophie.
Tristan, racontez-nous votre retour dans les pelotons.
Tristan Valentin : « Ca s’est bien passé. Après un an sans toucher au vélo et un an et demi sans courir, je pensais être plus en difficulté que je ne l’ai été. J’ai travaillé très dur dès ma reprise fin avril jusqu’à mi-août, date de ma première course. Et ça a payé car j’ai déjà couru sept courses sur lesquelles j’ai rarement été à la traine. »
« Vous êtes-vous bien concertés avec les dirigeants de Cofidis pour vous assurer que vous ne repreniez pas trop tôt ? »
TV : « Oui j’ai rencontré les entraîneurs et les directeurs sportifs. Nous avons fait le point ensemble. Nous avons surtout pris en considération l’état de mon bras qui est encore déficient aujourd’hui. Finalement, la reprise fut fixée en août sur Paris-Corrèze. J’y ai fait une bonne première étape. C’était important pour le moral et pour la suite des événements. »
« On vous sent heureux d’être simplement au départ d’une course. »
TV : « Oui d’autant plus que les médecins ont parfois émis des réserves quant à la reprise de ma carrière. Donc être au départ d’une course suffit à mon bonheur, quelque soit le résultat. Le simple fait de pouvoir à nouveau pratiquer mon métier me satisfait car je n’avais que ce but en tête pendant plusieurs mois. »
« Avez-vous le sentiment de commencer une seconde carrière ? »
TV : « Oui en quelque sorte. En fait, je rencontre des pépins physiques depuis environ trois ans et le dernier en date fut assez grave. Donc c’est comme un nouveau départ. J’espère de tout cœur être débarrassé pour de bon. »
« Quelles sont les séquelles pour votre coude ? »
TV : « Mon bras est désormais handicapé à 40% environ. C’est un moindre mal par rapport à ce qui avait été pronostiqué juste après l’accident. Je n’ai pas toute la mobilité du bras mais j’ai récupéré les fonctions nécessaires pour les gestes de la vie quotidienne et pour faire du vélo donc c’est le principal. J’ai vu tant de personnes souffrir de blessures plus importantes que je relativise. Au final, je peux dire que je m’en sors bien. »
« Vous avez partagé votre expérience de rééducation à Capbreton avec le grand public à travers des articles de presse et votre blog. Etait-ce un besoin ? »
TV : « Oui, ça soulage toujours d’en parler. Ma chute (ndlr : survenue sur Paris-Roubaix 2008) n’a pas été très médiatisée. Du coup, certaines personnes me demandaient ce qu'il s’était passé, comment j’allais et où j’en étais dans mes soins. A partir de là, j’ai décidé de raconter mon « journal intime » sur mon site web (ndlr : tristanvalentin.free.fr) et dans Vélo Magazine notamment. Et quelque part, ces récits avaient un côté rassurant car je me sentais moins seul dans mon combat. »
« Vous insistiez sur l’aspect humain enrichissant dans vos écrits. Vous avez rencontré plusieurs patients dans les Landes qui vous ont beaucoup appris au quotidien. »
TV : « Dans toute épreuve difficile comme celle-là, il faut toujours penser au côté positif pour ne pas sombrer mentalement. On en tire des leçons. C’est vrai qu’au cours de mon séjour de trois mois à Capbreton j’ai fait la connaissance d’autres athlètes, je me suis ouvert à d’autres sports ce que j’avais peu fait jusque-là. Ces compagnons de galère m’ont permis de maintenir mes efforts pour m’en sortir.
Cette rééducation fut aussi l’occasion de faire le point, de me remettre en question. Je me suis demandé comment pratiquer le métier de cycliste autrement et mieux. Donc voilà un autre aspect positif de mon passage dans ce centre. »
« Avez-vous des appréhensions en course ? »
TV : « Bien sûr. D’une part, l’opération est encore récente parce qu’elle ne date que de six mois et, d’autre part, quand ça roule vite dans le peloton et que ça frotte un peu, il y a toujours un risque de chute. Ce n’est pas tellement de tomber qui m’effraie mais plutôt de taper le coude au sol. Mais avec le temps l’appréhension disparaîtra, je n’en doute pas.
« L’équipe Cofidis vous a-t-elle rapidement assuré qu’elle comptait sur vous pour 2010 ? »
TV : « J’ai toujours été en contact avec l’ensemble de l’équipe qui m’a soutenu en permanence. Je les en remercie. Je suis passé dire bonjour à tout le monde au championnat de France à Saint-Brieuc puis au départ du Tour de France à Monaco une semaine plus tard et c’est à cette occasion que les dirigeants m’ont annoncé la bonne nouvelle. Ca n’a pas traîné, je n’ai pas eu le temps de gamberger par rapport à çà. J’ai pu me concentrer sur le travail physique uniquement, durant l’été. »












